Certains hommes et femmes politiques luxembourgeois ont été récemment victimes d’actes xénophobes et antisémites. Ce fut par exemple le cas lors de la campagne pour les élections nationales en octobre 2018 ou plus récemment lorsque Madame la Ministre Corinne Cahen a été victime d’antisémitisme sur Facebook, selon ses affirmations au journal  Contacto.[1]

Le jeudi 21 mars 2019 est la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, une bonne occasion pour aborder la question : quelle est l’action du gouvernement luxembourgeois pour lutter contre le racisme et la xénophobie ? Force est de constater que le Luxembourg a fait une évolution inquiétante en cette matière.

Prenant des exemples qui devraient nous interpeller :

  1. Le Conseil National pour Etrangers (CNE) n’a plus, depuis des années, reconduit sa Commission spéciale qui avait la compétence de recevoir des plaintes pour discrimination raciale.
  • Même suite aux recommandations de l’ECRI (European Commission Against Racism and Intolerance) en 2017 prônant de renforcer le Centre pour l’égalité du traitement (CET), la loi ne lui confère pas le droit d’être saisi de plaintes, de procéder à une médiation ou d’agir en justice pour faire valoir les droits des victimes de discrimination.[2]
  • En 2017, l’ECRI avait recommandé « aux autorités policières et judiciaires de mettre en place et de gérer un système d’enregistrement et de suivi des incidents racistes. (…). Les autorités devraient publier ces statistiques »[3]. Malgré, les recommandations de l’ECRI, aucun organe n’est actuellement compétent pour recueillir, de manière centralisée, des statistiques sur les phénomènes xénophobes. En 2017, l’ASTI avait proposé au Premier-ministre de mettre en place un observatoire des phénomènes racistes et xénophobes. Une proposition qui est restée, jusqu’à aujourd’hui, sans écho de la part du Gouvernement.
  • Autre constat : en lisant l’accord de coalition  du gouvernement actuel, il est frappant de constater qu’aucun point n’est dédié à la lutte contre la discrimination raciale et xénophobe. Pire encore, alors que de 2010 à 2014, le Luxembourg avait un « Plan d’action national pluriannuel d’intégration et de lutte contre les discriminations », ce  gouvernement – qui est, rappelons-le, le même depuis 2013 – a supprimé l’aspect « lutte contre les discriminations » et le nouveau plan qui a été adopté en conseil du gouvernement avant l’été 2018 ne s’appelle plus que Plan d’action national pluriannuel d’intégration

Ainsi notre pays ne se dote pas d’instruments indispensables à la lutte contre un phénomène qui devient de plus en plus récurrent, notamment par les discours racistes et xénophobes qui restent présents, surtout sur les réseaux sociaux et de façon le plus souvent anonyme.

L’ASTI demande à ce que le Luxembourg se dote d’urgence d’instruments de lutte contre le racisme et les phénomènes xénophobes tels qu’un Observatoire du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie ou encore d’un plan d’action national clair prévoyant des mesures et actions concrètes de lutte contre les discriminations.

Le Luxembourg n’est pas une île ! Il est temps de considérer ces phénomènes comme un signal d’alarme sérieux et de passer des bonnes intentions aux actes ! D’autant plus dans un pays qui a la composition socio-démographique qui est la nôtre !

ASTI asbl


[1] Ministra Cahen novamente vítima de antissemitismo, Contacto, https://www.wort.lu/pt/luxemburgo/ministra-cahen-novamente-v-tima-de-antissemitismo-5c88bd6cda2cc1784e33fadb

[2] RAPPORT DE L’ECRI SUR LE Luxembourg (cinquième cycle de monitoring), P.16

[3] RAPPORT DE L’ECRI SUR LE Luxembourg (cinquième cycle de monitoring), P.33

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