En 2015, le Luxembourg, comme le reste de l’Europe, fut confronté à un afflux important de demandeurs de protection internationale. Ce phénomène a continué les années suivantes, même si dans une proportion moindre. Face à cette situation, qui posait des défis en matière d’accueil et d’intégration, le Luxembourg a pu – et su – répondre à la hauteur.

L’État a assuré un 1er accueil de base correct, évitant des situations très précaires auxquelles nous étions confrontées par le passé. Mais ce fut surtout la société civile qui s’est impliquée de manière conséquente, en prenant le relais de l’État dans les domaines où l’intervention de ce dernier fut absente, notamment dans le domaine de l’intégration de ces populations.

L’ASTI a répondu présent, en initiant plusieurs projets innovants, structurés et interconnectés, menés bien au-delà de ses activités régulières en matière d’asile.

« Ma’an ! Ensemble ! Zesummen ! » et « Connections », deux projets dont les activités se terminent au 31 décembre, ont obtenu le soutien financier sur 3 années de l’Oeuvre Grande Duchesse Charlotte, par le biais de l’appel à projets Mateneen.

940 apprenants des cours de langue intensifs de « Ma’an ! Ensemble ! Zesummen !  » n’auraient jamais eu la possibilité

  • d’apprendre de manière intensive et structurée notre alphabet latin et la langue française,
  • de profiter de nombreuses nouvelles publications développées avec succès retentissant :
    • dictionnaires luxembourgeois-français -arabe ou -farsi,
    • méthodologies d’apprentissage de l’alphabet latin,
    • petit guide pour comprendre le pays qui vous accueille,
  • d’accéder pour la plupart en l’espace de 2 années au niveau A2, voire B1, nécessaire pour avoir une chance sur le marché de l’emploi,
  • de découvrir notre pays, son mode de fonctionnement et ses us et coutumes grâce à l’accompagnement assuré par les 70 bénévoles du projet et de se sentir ainsi la bienvenue au Luxembourg.

250 participants du projet « Connections » n’auraient pas découvert le marché du travail luxembourgeois grâce aux séances d’information et workshops menés avec le soutien gracieux d’entreprises et d’institutions actives sur le marché de l’emploi. 91 d’entre eux n’auraient pas eu l’opportunité de réaliser des stages en entreprise, qui ont, dans 18 cas, débouché par la signature d’un contrat de travail à la suite du stage.

« Réussir sa migration » un autre projet de l’ASTI, dont le financement fut assuré par le fonds européen AMIF (Asile, Migration et Intégration) et l’Office luxembourgeois de l’Accueil et de l’Intégration (OLAI) – a été construit autour de 2 volets :

  • le « Coaching à l’intégration» où 72 bénévoles se sont engagés et ont été formés pour coacher des bénéficiaires de protection internationale BPI et leurs familles afin de les accompagner dans leurs efforts à s’intégrer à leur nouvelle vie au Luxembourg. Ce projet a constitué ainsi un complément important aux mesures d’intégration menées par les différents services sociaux accompagnant les BPI
  • le « Helpdesk pour professionnels du secteur social et de la santé» a aidé de nombreux professionnels de ces secteurs à répondre aux défis d’accès au séjour des bénéficiaires de protection internationale et de leurs familles. Des formations et workshops à l’interculturel ont complété l’offre sur demande des professionnels, de plus en plus confrontés à une clientèle d’origine culturelle très diversifiée. Les brochures d’information éditées à destination des communautés russophones et des pays des Balkans ainsi que sur les étapes au mariage avec des ressortissants de pays tiers, sont des outils indispensables et très demandés pour bien informer et conseiller.

Si le financement a été fondamental dans le succès de ces projets, sans les différents partenaires, comme p.ex. les entreprises, les Chambres professionnelles ou le service de la formation des adultes SFA, nous n’aurions pu innover et réussir.

De même, sans l’engagement sans failles de nos très nombreux bénévoles (142 en tout !), les modèles développés par l’ASTI n’auraient pu se faire, comme ce fut le cas p.ex.:

  • des cours « Ma’an» développant des approches innovantes dans l’apprentissage des langues ( dictionnaires, méthodologies, intervention de bénévoles dans les cours) ou
  • du « Coaching à l’intégration» dans l’accompagnement de personnes dans leurs efforts d’intégration
  • les workshop du projet «Connections » visant la mise en situation lors de la recherche d’emploi, menés gratuitement par des responsables des ressources humaines d’entreprises au Luxembourg – idée reprise et actuellement appliquée par l’ADEM

Un mot de reconnaissance aux salariés engagés dans ces projets qui ont permis aux demandeurs et bénéficiaires de protection internationale de mieux connaître le Luxembourg et de mieux affronter les défis posés par la construction d’une nouvelle vie dans un pays étranger, le Luxembourg.

L’expérience de ces 3 projets a aussi profité à la structuration du travail d’accueil et d’intégration du Gouvernement. La mise en place du plan d’intégration accompagné le PIA, obligatoire depuis septembre 2017 pour les demandeurs de protection internationale, s’est faite aussi en s’inspirant de nos expériences et constats. La reprise dans le cadre du PIA des cours d’apprentissage de l’alphabet latin et le recours intensif des professionnels (enseignants et des services sociaux) à nos publications (dictionnaires, brochures d’information), la reprise par des administrations comme l’ADEM d’approches innovantes testées par l’ASTI, attestent du succès de nos projets. A noter que nous allons éditer avec le MENEJ début 2019 un dictionnaire luxembourgeois-français-tigrinya la langue usuelle au sein de la communauté érythréenne qui est actuellement la plus représentée parmi les demandeurs de protection internationale.

Sachant que les financements de l’appel à projets Mateneen arrivent à leur terme fin 2018, l’ASTI regrette que le Gouvernement n’ait débloqué plus tôt les possibilités financières du Plan d’action nationale pour l’intégration PAN à travers un appel à projets, initialement prévu pour fin octobre 2018. Le PAN aurait permis aux associations de terrain comme l’ASTI de s’assurer un financement et donc une durabilité dans ces projets. Les compétences accumulées dans les projets ne doivent pas se perdre, car elles sont utiles à tous les résidents et à notre cohésion sociale. Espérons que l’année prochaine, après le vote du Budget de l’État 2019, un appel à projets dans le cadre du PAN verra rapidement le jour.

L’ASTI continuera à s’engager pour des projets innovants, avec un bénéfice réel pour les participants et pour la société dans son ensemble. Notre nouveau projet Connections4work proposera à partir de 2019 des cours ciblés d’apprentissage de vocabulaires de métiers à pénurie d’emploi avec stage en entreprise et workshop sur les consignes de sécurité et le droit du travail. Il sera un nouveau projet phare de l’ASTI à destination de tous les demandeurs d’emploi qui peinent à trouver un emploi pour des raisons linguistiques. Financé par le Fonds Social Européen et le Ministère du Travail, il permettra de développer des méthodologies innovantes dans le domaine de la préparation à l’emploi de demandeurs d’emploi peu qualifiés et motivés à travailler dans des domaines à pénurie de main d’œuvre.

La continuation de nos approches originales dans nos cours de langue intensifs FR et LU, complétées par des activités d’immersion dans la société luxembourgeoise animés par des bénévoles, pourra éventuellement se faire si une source de financement pour 2019 sera trouvée.

Nous osons espérer que le nouveau Gouvernement continuera et renforcera le travail d’accueil et d’intégration des demandeurs et bénéficiaires de protection internationale. Nous insistons pour que les mesures prévues dans le PIA soient élargies à tous les étrangers qui vivent et/ou travaillent au Luxembourg – ce qui est le cas pour l’instant pour les mesures du PIA assurées par le MENEJ.

Nous allons analyser le budget 2019 pour vérifier si les moyens prévus dans le budget alloués sont à la hauteur de ces défis. Nous regrettons que l’ASTI continue à rencontrer de nombreuses difficultés à assurer le financement de ses activités d’information et de soutien en matière de séjour au Luxembourg.

ASTI asbl, Luxembourg, le 26 novembre 2018

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