Un groupe d’ONGs et d’associations se sont réunies pour la deuxième fois en date du 19 mars afin d’envisager des pistes de solutions quant à la pauvreté et à l’exclusion au Luxembourg. À l’ordre du jour : un retour sur le Plan d’Action National (PAN) du Ministère de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble et de l’Accueil pour la prévention et la lutte contre la pauvreté ainsi qu’une analyse de la situation dans le pays.

Fin de l’année dernière, Monsieur le ministre Max Hahn a présenté le PAN Pauvreté – un document servant à guider les actions nationales de prévention et de lutte contre la pauvreté. Celui-ci comprend plusieurs avancées positives, notamment la simplification des procédures administratives, l’harmonisation de l’aide apportée par les différents services sociaux et l’automatisation de certaines aides. Un certain nombre d’actions visent également à diminuer la pauvreté des enfants – un enfant sur quatre étant actuellement menacé de pauvreté au Luxembourg. Le groupe a également salué l’adaptation de la loi sur le REVIS, qui vise dans certains cas à en éviter la perte ou les remboursements. Enfin, un regard positif a été porté sur les mesures visant à améliorer la Couverture Universelle des Soins de Santé (CUSS) et la mise en place d’équipes psycho-médico-sociales mobiles, afin d’atteindre les personnes en situation de grande précarité. 

Cependant, le groupe d’associations soulève un certain nombre de manquements :

En premier lieu, l’absence d’une base de statistiques fiable concernant la pauvreté constitue un obstacle important.  Des données pourtant essentielles pour comprendre le contexte luxembourgeois et ainsi mettre en place des politiques efficientes. Une meilleure collecte de données, accompagnée d’un suivi et d’une évaluation régulière des politiques sociales, est indispensable. Des indicateurs clairs doivent être élaborés afin de mesurer l’accès à ces prestations et leur utilisation. 

Par ailleurs, le groupe a remarqué l’absence du développement des aides bas seuil au sein du PAN. Le terme n’est pas mentionné, alors qu’une aide inconditionnelle, rapide et complète en matière de nourriture, d’hygiène de base, d’habillement et de logement est essentielle pour les – personnes concernées.

Les barrières administratives persistent également, notamment au niveau des offices sociaux, ce qui rend l’accès aux aides difficile. La question de l’adresse officielle reste largement évitée dans le PAN, excluant de fait une partie des publics les plus vulnérables, comme les personnes sans domicile ou en situation de séjour irrégulier.

Force est également de constater qu’aucune augmentation massive de logements abordables, de logements « housing first » et de structures bas seuil n’est prévue alors que c’est un levier majeur pour combattre la pauvreté et l’exclusion y compris celle des enfants, dont le PAN fait pourtant une priorité. Des mesures telles que, des quotas de logements abordables obligatoires pour les communes, l’activation de logements vides, ou encore l’augmentation de la taxe foncière sont autant de moyens qui devraient figurer dans ce PAN.

Concernant la lutte contre la pauvreté des enfants, outre la question cruciale du logement, il sera impératif que les mesures qui seront mises en place, comme l’augmentation des allocations familiales ou l’amélioration de l’accès aux services de garde/accueil, visent à plus d’inclusivité et d’équité en combinant des prestations universelles et un soutien ciblé.

Le groupe déplore également le manque d’une prise en compte spécifique de la situation des bénéficiaires de protection internationale (BPI) qui sont particulièrement impactés par le problème du logement et qui peuvent avoir besoin de soutien renforcé dans certains domaines comme l’emploi. Il est aussi regrettable que les demandeurs de protection internationale (DPI) ne soient pas pris en compte dans ce PAN. Le fait que le PAN indique que leur situation est étroitement liée à leur statut juridique, à leur parcours migratoire et aux obligations européennes en matière d’asile, de migration et d’accueil, ne peut pas justifier une absence de mesures les concernant.

Un autre angle mort du PAN est celui de la pauvreté au travail. Pourtant, 13,4 % des travailleurs sont en situation de pauvreté au Luxembourg, un taux record dans l’Union européenne. Aucune mesure concrète, telle qu’une hausse du salaire social minimum, n’est prévue dans le PAN pour y répondre.

Enfin, il est difficile d’évoquer la question de la pauvreté sans parler des inégalités. Au Luxembourg, au-delà de la question des inégalités de revenus, la répartition des richesses suscite des interrogations notables. L’Observatoire de l’habitat de LISER a relevé dans sa note n°29 en  2023 que « 3.447 individus (0,5 % de la population résidente ) possèdent la moitié de l’ensemble du potentiel foncier en 2020/2021 », et une enquête de la Banque centrale du Luxembourg (2021) montre que les 10 % les plus riches détiennent 47,9 % du patrimoine (contre 9 % pour les 50 % les plus pauvres).

Une chose est sûre, il reste beaucoup de travail pour les associations impliquées, d’une part en menant une évaluation continue sur la situation, d’autre part en proposant des recommandations aux autorités luxembourgeoises pour réduire la pauvreté sur le territoire grâce aux données de terrain et aux statistiques fiables. Pour que ce travail puisse se réaliser, le groupe d’associations demande un maximum de transparence autour du suivi de la mise en œuvre du plan et de sa future évaluation, afin que la société civile puisse pleinement participer et proposer des améliorations nécessaires.

Signataires :

– ASTI

– Médecins du Monde

– UNICEF

– FEEL Humanity

– Solidaritéit matt den Heescherten

– Amnesty International Luxembourg

Luxembourg, le 10 avril 2026

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