Conférence de Rabat (11.07.2006)
Aujourd’hui 10 et demain 11 juillet les représentants de plusieurs pays d’Afrique et d’Europe seront réunis pour une Conférence Ministérielle euro-africaine sur la Migration et le Développement. Des travaux préparatoires de cette conférence, il ressort que les aspects sécuritaires en dominent l’ordre du jour, dans le prolongement de la « politique d’externalisation » de la gestion de ses frontières que l’Europe mène depuis plusieurs années.
Contre cette dérive, les acteurs de la société civile d’Afrique Subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Europe, réunis les 30 juin et 1er juillet 2006 en Conférence Non Gouvernementale Euro-Africaine, ont adopté le « Manifeste de Rabat » sur les migrations, les droits fondamentaux et la liberté de circulation. Dans ce Manifeste, ils appellent les gouvernements à surmonter leurs obsessions sécuritaires et les phantasmes xénophobes d’envahissement, et à replacer le respect des droits humains fondamentaux au cœur des politiques migratoires.
Dénonçant « la guerre aux migrants qui s’amplifie d’année en année le long des côtes méditerranéennes et atlantiques » le Manifeste de Rabat rappelle que « le respect de ce droit fondamental qu’est la liberté de circulation telle qu’énoncée dans l’article 13-1 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 est une condition préalable à l’exercice des autres droits fondamentaux. » Le droit posé par cet article de pouvoir quitter son pays « signifie nécessairement celui de pouvoir s’installer dans un autre pays ».
Refusant la division de l’humanité entre ceux qui peuvent circuler librement sur la planète et ceux à qui cela est interdit, le Manifeste de Rabat demande « la suppression des visas de court séjour, de toutes les entraves posées à la sortie d’un territoire, et la justification détaillée et contrôlée des refus de visas d’établissement avec une stricte symétrie des conditions africaines et européennes de délivrance de ce type de visas. »
Le Manifeste de Rabat exige aussi « l’annulation des accords de réadmission de personnes expulsées et l’abandon de toute négociation en ce sens par les Etats », « la ratification de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs famille », « la suppression des conditionnalités imposées aux pays africains dans les négociations internationales » et le « respect effectif du droit au développement » passant notamment par la « suppression des accords qui hypothèquent l’avenir de l’agriculture africaine » et « l’annulation inconditionnelle de la dette des pays du sud ».

