De plus en plus seuls: un choix, pas une fatalité!
Nous faisons donc partie des 37 % de citoyens à plein titre de notre chère capitale. Nous serons certes des dizaines et des dizaines de milliers à faire la fête (nationale) en ces 22 et 23 juin: habitants de la ville mêlés à ceux des alentours sans oublier les milliers de frontaliers revenus pour l’occasion en ville. Dans cette foule multicolore l’autochtone, l’allochtone et le frontalier ne peuvent guère être distingués, et c’est tant mieux. Lorsqu’on en vient à ceux qui comptent dans la gestion de la cité, les électeurs doivent se sentir seuls, de plus en plus seuls dans cette foule en fête.
La régression démocratique est – elle pour autant inéluctable? Le déficit de légitimité ne semble en tout cas pas procurer la moindre nuit d’insomnie à nos élus et élites politiques. Dire qu’ils sont aveugles face à cette évolution ne serait pas correct. Rappelons seulement les dires du chef du gouvernement : »(..) Parce que la participation à la prise de décision du plus grand nombre possible de personnes représente pour nous un intérêt national ». C’était Monsieur Jean-Claude Juncker lors de la déclaration sur l’Etat de la nation le 7 mai 2002. Formuler un objectif est louable: or il faut juger l’action qui y mène. En cette veille de fête nationale, il faut constater que cinq années ont passé sans que rien ne se soit passé en la matière. Certes un projet de loi sur l’acquisition de la nationalité est en route: il brille, pour paraphraser la Chambre de Commerce dans son avis, par sa timidité et ne saurait être une réponse à l’ambition du chef du gouvernement. Sous couvert d’admettre la nationalité multiple, les délais de séjour seront allongés, les exigences linguistiques seront renforcées: un principe aura été transposé tout en prenant un maximum de précautions pourqu’il ait le minimum d’effets. Veut-on faire oublier que nous avons le plus faible taux de naturalisation en Europe, alors que nous avons le plus fort potentiel de naturalisables?
Ce n’est pas la timidité pour élargir le corps électoral qui a toujours prévalu au Luxembourg, puisque le petit Grand-Duché a accordé le droit de vote aux femmes 26 ans avant la patrie (européenne) des droits de l’homme! Cette ambition semble s’être essoufflée! Le fossé entre le pays légal et le pays réel ne cesse de se creuser. Alors que le traité de Maastricht préconise l’octroi du droit de vote (communal) pour les citoyens de l’Union aux mêmes conditions qu’aux nationaux, le Luxembourg se flattait à l’époque d’avoir obtenu de nombreuses dérogations et exceptions et ce en évoquant son grand pourcentage d’étrangers. Plus y aurait donc de non-électeurs, plus on pourrait les garder à l’écart de la démocratie!
Les esprits ont évolué et la citation de Monsieur Juncker datant de 10 ans après Maastricht en est une illustration.
Il y va simplement de la cohésion sociale, du renforcement du sentiment d’appartenance. Tant que les partis politiques n’auront pas en leur sein une part significative de non – luxembourgeois, ils continueront à parler d’eux, mais non avec eux. Syndicats et organisations patronales ont des longueurs d’avance, des expériences du vivre ensemble en leur sein, que les politiques doivent acquérir encore. Quand vont-ils s’y mettre?
La démocratie vit du suffrage universel et en tire sa légitimité; c’est de ce suffrage universel que nous nous éloignons à grands pas au Luxembourg et ce tant au niveau communal que national.
Cette évolution n’est pas une fatalité: les initiatives actuelles pour combattre cette exclusion à grande échelle sont de l’ordre homéopathique et relèvent davantage du souci de conforter la bonne conscience que d’une réelle volonté d’ouverture.
Une autre voie est possible.
Pour éviter la ghettoisation et une société à deux vitesses, il faut une approche volontariste, une offre d’intégration dépassant les calculs électoraux à brève échéance et se concrétisant par une politique d’accueil et d’intégration digne de ce nom, une campagne d’information de grande envergure expliquant dans quelle mesure nous avons besoin les uns des autres. S’inspirant de bonnes pratiques à l’étranger, donnant des suites aux proposition du Conseil Economique et Social et des organisations de la société civile, voilà des urgences nationales.
Lors de la récente conférence nationale pour étrangers, le gouvernement a annoncé un allègement des conditions de séjour et des délais d’inscription sur les listes électorales. Nous attendons.
Le projet de loi adopté vendredi passé en Conseil des Ministres sera une première échéance où tout un chacun pourra vérifier la volonté du gouvernement d’agir en matière d’immigration ET d’intégration. Un projet sans volet d’intégration sera un pas en arrière et un démenti à la volonté du Premier Ministre exprimée le 12 octobre 2005 devant le Parlement : « (..) Nous avons besoin d’une nouvelle loi sur l’immigration, remplaçant celle de 1972 et basée sur un nouveau concept plus volontariste de l’intégration. »
Maggy Backes, Laurence Hever, Serge Kollwelter, Christiane Wolff, Laura Zuccoli








