Migration / 2007
Les responsables de Luxembourg et Grande Région, capitale européenne de la culture ont choisi pour le Grand – Duché le leitmotiv de « migrations ».
C’est un choix judicieux, aucun pays européen n’étant à ce point le fruit des migrations que le Luxembourg. Pays d’émigration au 19e siècle , il a construit sa richesse avec le fer mais surtout les neurones et les muscles tant des autochtones que des étrangers au point qu’à la veille de cette année culturelle les deux tiers des emplois sont assurés par des non – Luxembourgeois!
2007 verra fleurir de nombreuses initiatives culturelles et historiques reprenant le sujet des migrations, 2007 devra être aussi une occasion de soulever et faire réfléchir sur les enjeux qui sont ceux du Luxembourg d’aujourd’hui de plus en plus divers pour ce qui est de sa population et pas moins soucieux de renforcer sa cohésion sociale basée sur la démocratie et la justice sociale.
L’augmentation de la richesse n’est pas toujours mise en relation avec l’apport de l’étranger. L’étranger est vécu comme une sorte de menace par d’aucuns.
Il ne s’en agit pas de tomber dans l’alarmisme ou de donner voix aux critiques de tous bords. Limitons nous aux dires du Premier Ministre qui mettait le doigt sur les sociétés parallèles en train de se constituer au Luxembourg le
12 octobre 2005 : « On aimerait bien croire ceux qui disent que l¹intégration des étrangers dans notre pays est réussie. Or la réalité est parfois tout à fait différente: ici, comme ailleurs en Europe, il se forme de véritables sociétés parallèles. Nous avons besoin d’une nouvelle loi sur l’immigration, remplaçant celle de 1972 et basée sur un nouveau concept plus volontariste de l¹intégration. » Peu de temps auparavant il avait esquissé une perspective en invoquant la double nationalité: « Parce que la participation à la prise de décisions du plus grand nombre possible de personnes représente pour nous un intérêt national. » ( 7 mai 2002) Il faut espérer que 2007 soit mis à profit pour faire avancer ce débat de société.
L’avis récent du Conseil Economique et Social adopté à l’unanimité par les partenaires sociaux et le gouvernement devrait constituer un point de départ intéressant pour ce débat.
Plutôt que de faire l’autruche, il faut relever les crispations identitaires tout à fait compréhensibles face aux défis que pose la présence de plus en plus d’étrangers. Pareilles crispations pourraient facilement être déviées et utilisées autrement que par des gesticulations autour d’un drapeau de telle couleur ou effigie.
A partir de ces considérations, l’important n’est pas de dresser un catalogue de revendications, mais plutôt d’évoquer un certain nombre d’attentes pour renforcer et améliorer le vivre ensemble dans l’intérêt bien compris tant des autochtones, que des résidents étrangers sans oublier les frontaliers.
Les défis
Le leitmotiv migration devra contribuer à évoquer et discuter les facettes et défis du vivre ensemble au delà des cercles des « initiés », qu’ils soient politiques ou non. Un débat de société ne peut être cantonné aux cercles de ceux qui ont la parole ou savent la prendre. Qui expliquera aux uns et aux autres qu’ils ont besoin les uns des autres, demain davantage encore qu’aujourd’hui? Qui prônera l’utilité pour une société d’être inclusive? Qui s’engagera à revenir au suffrage universel comme ciment de la démocratie? Qui osera dire aux Luxembourgeois que c’est dans leur intérêt de partager le pouvoir avec toutes celles et tous ceux qui partagent avec eux travail, joies et angoisses sur ce bout de terre qu’est le Grand ¬ Duché? Les initiatives législatives en cours ou prévues concernant la nationalité ou l’entrée et le séjour seront autant d’occasions de dépasser la frilosité et de donner sous couvert des arcs-en-ciel culturels une image du Luxembourg ouvert et solidaire.
Un autre défi sur lequel le Luxembourg n’a qu’une incidence indirecte est celui de la dimension transfrontalière. Nous ne pouvons que regretter que les responsables de cette année culturelle n’aient pas imposé aux promoteurs de projets une collaboration transfrontalière pour pouvoir bénéficier de la manne publique distribuée à juste titre pour 2007. Faire connaître et rencontrer ceux qui habitent d’un côté et de l’autre de la frontière est un enjeu de taille!
Finalement 2007 aura des effets durables dans la mesure où l’école luxembourgeoise contribuera au renforcement des liens sociaux en s’adaptant davantage encore à une population de plus en plus métissée.
Que le vivre ensemble fasse des pas en avant en 2007, tel est le souhait du conseil d’administration de l’ASTI !








