Haiti et les réfugiés de l’environnement
Le séisme qui a sévi en Haiti soulève de multiples questions quant aux secours et à la reconstruction du pays. Il pose aussi la question des personnes qui fuient les catastrophes naturelles et les changements climatiques.
Comment vous approvisionnez-vous en eau et en nourriture ? Un marché noir s’est-il mis en place ? Les prix ont-ils augmenté ? Des comités de quartier ont-ils vu le jour ? La solidarité a-t-elle fait place à l’abattement ?
Le changement climatique a provoqué déjà de multiples désastres et privé d’innombrables populations de leurs moyens de subsistance au point qu’ils ont été obligés de chercher ailleurs une vie meilleure. Il a été question depuis longtemps de créer un statut international pour les victimes de catastrophes naturelles, séismes compris. Sans succès.
Le statut de réfugié est réservé aux victimes de conflits et de persécutions, même si le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) reconnaît la nécessité de faire évoluer le dispositif.
L’ONU a estimé en 2008 que 20 millions de personnes sont chassées de chez elles par les inondations, les tempêtes, les sécheresses et les séismes, soit quatre fois plus que les personnes déplacées en raison de conflits. Les raisons à faire valoir selon la Convention de Genève de 1951 font l’impasse sur ces phénomènes naturels ou de dégradation de l’environnement.
Si en 2004 les violences provoquées par le départ en exil du président Jean-Bertrand Aristide, le HCR avait appelé la communauté internationale à accorder l’asile aux Haïtiens en fuite, il n’évoque pas cette hypothèse cette fois-ci.
Les choses pourraient changer en cas d’insuffisance de l’aide internationale débouchant sur un exode massif. Les Etats-Unis ont décidé d’accorder un statut de protection temporaire aux Haïtiens présents sur leur sol avant le 12 janvier, mais ont prévenu qu’ils n’accueilleraient aucun boat people.
En Europe, l’attribution d’un statut de protection temporaire permettant d’accueillir des réfugiés est du ressort du Conseil de l’Union européenne. Son application aux victimes du séisme n’est pas à l’ordre du jour.
Le bon sens pourrait nous amener à demander que chaque pays devrait au minimum donner aux immigrés haïtiens un permis de travail pour qu’ils puissent envoyer de l’argent au pays. Selon la Banque mondiale, la diaspora transfère chaque année 1,2 milliard d’euros vers Haïti. Si l’aide humanitaire afflue de toutes parts vers Haiti ces jours – ci, permettons aux Haitiens de l’ile et de la diaspora de prendre leur part. Dans le cas des transferts d’économies vers Haiti ou ailleurs , on ne peut pas passer sous silence les frais allant de 10 à 25% dont se sucrent les compagnies de transfert d’argent .
Nous attendons du gouvernement luxembourgeois qu’il soulève la question des réfugiés de l’environnement et du climat dans les instances européennes pour créer un statut ad hoc.
Le conseil d’administration de l’ASTI (27.01.2010)









