Immigration et intégration: deux éléments inséparables.

Réunissant les organisations syndicales et patronales et des représentants du gouvernement, le Conseil Economique et Social a donné un avis « Pour une politique d’immigration et d’intégration active ». La presse en a relaté les grandes lignes, l’ASTI voudrait relever quelques aspects particuliers. Tout d’abord, le CES souligne la nécessité d’une politique liant immigration, c’est à dire entrée au pays à intégration, à savoir comment se retrouver au Grand Duché et comment vivre avec les autres sur ce territoire. Il sera intéressant de vérifier comment les organismes représentés au sein du CES vont diffuser en leur sein et dans leurs publications les constats et propositions faites ensemble. Ainsi l’affirmation que le Luxembourg aura demain davantage encore besoin d’immigrés n’est guère révolutionnaire, à la vue des chiffres de la natalité de ces dernières années tout un chacun viendra à cette conclusion. Pareille démonstration ne constitue pas un exercice de style, mais implique de la part des acteurs représentés au sein du CES, mais encore et surtout des partis politiques, une explication à leur base. Il faudra aboutir à une politique qui se donne les moyens pour que la venue de nouveaux immigrés, venant d’horizons et de cultures plus lointains, puisse être vécue comme un plus et non comme une menace. Le CES parle de campagne de communication, nous tenons à y ajouter que si les relais des partis politiques et autres « opinion makers » ne se concrétisent pas, on risque des lésions à la cohésion sociale. Soulignons au passage le rôle effectif et positif en la matière de la presse, de toute la presse, qui est manifestement en avance sur les mandataires de tous poils. Le fait que dans une décennie ceux qui par leur bulletin de vote décident de l’avenir du pays seront une minorité, tout en régissant une majorité de sans droits politiques, ne semble guère encore interpeller nos gouvernants actuels et potentiels. Où en est le suffrage universel, que le Luxembourg est à juste titre fier d’avoir introduit dès 1919? L’introduction d’une dose de double nationalité n’y changera pas grand chose, il faudra avancer vers un droit du sol et attacher le droit de décision politique à la résidence et non au seul passeport.
Le CES plaide pour une simplification des procédures d’entrée et de séjour, il constate l’absence de référents juridiques en de nombreuses matières et les retards dans la transposition de directives européennes. Evoquons ici seulement à titre d’exemple le regroupement familial qui se fait sans base légale.
Si immigration et intégration sont étroitement liées, on devra s’attendre à une politique cohérente de la part du gouvernement. Nous en sommes à mille lieues. Ceci tient au fait que de nombreux Ministères et Ministres sont concernés: citons les deux Ministres de l’Immigration, la Ministre de la Famille en charge de l’intégration, sans oublier celui de l’Intérieur, gardien du droit de vote ainsi que les responsables de l’Education et du Logement pour n’en évoquer que quelques – uns. Où est le coordinateur de tout ce beau monde? Monsieur le Premier Ministre faites de ce volet une de vos priorités! Vous ne pouvez pas laisser travailler un Ministère de la Famille sur l’intégration sans que le Ministère de l’Immigration n’y soit associé, comme c’est le cas actuellement au sein du groupe de travail sur des cours d’intégration pour des nouveaux arrivants !

Le CES attache à juste titre une grande importance à la scolarisation au point de vouloir y consacrer un avis spécial. Il « tire la conclusion qu’il est urgent de créer des structures scolaires beaucoup plus intégrées voire une structure unique pour les enfants âgés de 12 à 15 ans du type tronc commun ». Nous saluons la réadmission dans le débat public du concept de tronc commun, tout en nous félicitant que le CES ait adopté cet avis à l’unanimité!

Il conviendrait de discuter les options du CES pour une immigration hautement qualifiée: pour utile qu’elle ne fût, elle serait nécessairement limitée en nombre et ne saurait donc répondre à elle seule aux défis démographiques du Grand – Duché. Les cadres supérieurs ne sont guère appelés à s’intégrer, ils n’interpellent guère notre système scolaire, ils se cantonnent dans les écoles internationales faites sur leur mesure. Le remplacement des générations exigera d’autres immigrés, nombreux et venant sans doute de plus loin. Dans un premier temps, il faudrait « encadrer » les flux venant du Cap Vert et des Balkans par des accords de main d’oeuvre au lieu de livrer ces personnes aux passeurs et autres profiteurs de l’illégalité! Une régularisation des sans-papiers, un permis de séjour et de travail pour tous ceux qui se trouvent sur le territoire depuis plus de 30 mois, n’est pas une revendication politique, mais une nécessité humaine !

L’ASTI se joint au CES pour plaider pour une approche globale de immigration et intégration qui permettra aux autochtones, aux résidents étrangers et aux frontaliers de vivre dans une société soucieuse de sa cohésion sociale et qui permettra à tout un chacun un développement harmonieux et équitable dans une société démocratique.
Vous pouvez décharger l’avis du CES du site de l’ASTI: wwww.asti.lu
Le conseil d’administration de l’ASTI