Et le vivre-ensemble Monsieur le Premier ministre ?

Comme il est de coutume, le chef du Gouvernement est monté à la tribune de la Chambre des Députés pour sa déclaration sur l’Etat de la Nation portant sur la situation économique, sociale et financière du pays.

On aurait pu imaginer que, dans un pays où la moitié de la population résidente n’a pas la nationalité luxembourgeoise, les questions du vivre-ensemble seraient évoquées. Or, les thèmes de l’immigration, de l’asile et de l’intégration n’ont qu’à peine, voire pas du tout, été évoqués.

Dans une année d’élections communales, quoi de plus normal que le sujet interpelle le Gouvernement ?  Mais non ! Pas un mot sur le projet de loi, déposé par le Premier ministre lui-même, portant sur la possible inscription par voie électronique des non-Luxembourgeois sur les listes électorales. Pas un mot sur ce que dit le programme de gouvernement : « Le Gouvernement veut mener une discussion générale sur la loi électorale en relation avec les missions communales ». Pas un mot sur la motion approuvée par la Chambre déjà en janvier 2011, décidant « …à l’issue des élections du 9 octobre 2011, d’analyser le déroulement de ces élections et de rediscuter les dispositions relatives au délai de résidence en vue de le réduire. » !

Et qu’en est-il des politiques d’intégration ? Rien apparemment. Dans son dernier rapport sur le Luxembourg, l’ECRI (Commission européenne contre le racisme et l’intolérance) note : « Alors que les autorités ont commissionné plusieurs rapports d’évaluation des politiques d’intégration, elles n’ont pas mis en œuvre certaines recommandations centrales faites dans ces rapports. En outre, elles n’ont ni adopté un nouveau plan d’action ni mis en place un système d’indicateurs pour piloter et évaluer l’impact des politiques d’intégration ». Cela ne semble pas interpeller l’exécutif.

Pas plus que d’autres conclusions du même rapport comme par exemple : « Les enfants issus de l’immigration rencontrent des difficultés importantes dans le système scolaire et ont des résultats bien en-dessous de la moyenne » ou « Parmi les migrants ayant un faible niveau d’éducation, les taux de chômage et de pauvreté sont relativement élevés ».

Pour ce qui est des demandeurs de protection internationale, il y a contradiction flagrante entre l’attribution relativement généreuse du statut de bénéficiaire de protection internationale, et la parcimonie des mesures gouvernementales en faveur de leur intégration dans le tissu économique et social. Qu’attend donc notre gouvernement ? Ces thèmes ne font-ils pas partie de l’Etat de notre Nation ?

Devrons-nous attendre 2018, année électorale, pour découvrir peut-être des visions politiques en phase avec notre réalité socio-économique, démographique et démocratique ?

Il en va de la cohésion sociale de notre pays, car nous ne voulons pas seulement vivre, mais aussi travailler et décider ensemble !

ASTI asbl – Luxembourg, le 27 avril 2017